CHAPITRE V - LA COMPENSATION DES HANDICAPS CHEZ
LES DEFICIENTS VISUELS PAR LES AIDES TECHNIQUES ET
LES AIDES HUMAINES
Il existe peu de données sur les aides techniques et humaines utilisées par les déficients
visuels en France.
Les aides techniques sont de nature variée. Elles regroupent les dispositifs d'aménagement du
logement, les prothèses, ainsi que les différents matériels utilisables par les personnes pour
compenser leurs incapacités dans la vie quotidienne. Parmi ces dispositifs, certains sont
spécifiquement destinés à la compensation du handicap visuel. Ces « aides visuelles » sont
utilisées essentiellement pour les déplacements (cannes blanches, chiens-guides) ainsi que les
tâches mettant en jeu la lecture ou l'écriture (aides optiques, braille...). L'enquête HID permet
une étude assez exhaustive à la fois de l'usage effectif de ces aides techniques et des besoins
non satisfaits.
Le recours aux aides humaines, professionnelles ou non professionnelles, est une autre forme
de la compensation du handicap. La question du recours aux aides humaines se pose de façon
différente selon le lieu de vie. En institution, le personnel est supposé apporter l'aide requise
tandis qu'en domicile ordinaire, le recours à l'aide humaine dépend de nombreux éléments.
L'aide est apportée par des aidants divers, professionnels ou non-professionnels. L'enquête
HID permet de décrire, pour les personnes vivant en domicile ordinaire, l'aide apportée pour
différents domaines de la vie quotidienne ainsi que la nature des aidants. La quantité d'aide
apportée n'est toutefois pas renseignée.
La déficience visuelle étudiée est définie par le fait d'être aveugle ou malvoyant dans l'enquête
HID, avec les quatre modalités de sévérité précédemment décrites, aveugles, malvoyants
profonds, malvoyants moyens et malvoyants légers (cf. chapitre I-4).
V-1 Les aides à la compensation du handicap visuel
Les aides techniques visuelles constituent un outil essentiel de la compensation du handicap
visuel. Elles sont largement préconisées, en complément d'autres techniques, dans les
différents domaines de la réadaptation visuelle des personnes aveugles et malvoyantes.
Les aides pour les déplacements permettent d'améliorer la détection des obstacles et ainsi de
pallier aux difficultés, fréquemment déclarées par les déficients visuels, pour les déplacements
à l'extérieur du domicile. Chez les aveugles, l'apprentissage de l'utilisation de la canne longue
permet de sécuriser les déplacements et de réduire ainsi la dépendance.
Les aides optiques (loupes, systèmes microscopiques, systèmes télescopiques) ou
électroniques (vidéoloupes) qui agrandissent l'image rétinienne et améliorent la perception des
détails, servent à augmenter la capacité visuelle. Elles peuvent être adaptées selon les cas à la
vision de loin ou de près et leur utilisation nécessite un apprentissage plus ou moins long.
Les aides à la communication utilisant le braille, la synthèse vocale, éventuellement au moyen
d'interfaces informatiques, sont destinées aux personnes les plus déficientes. Elles nécessitent
également, et plus encore que les aides optiques, un apprentissage. Le développement des
nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), et notamment de
l'Internet, a considérablement amélioré l'accessibilité à l'information pour les malvoyants et nonvoyants
Il existe également des aides techniques variées pour la vie quotidienne (enfileuses à aiguilles,
téléphones à gros boutons, montres parlantes, guides chèques...) mais leur utilisation
spécifique n'a pas été abordée dans le cadre de l'enquête HID.
Les aides techniques visuelles étudiées dans le cadre de l'enquête HID seront
schématiquement séparées en deux groupes :
- les aides visuelles pour les déplacements : cannes blanches et chiens-guides,
- les aides visuelles pour la communication et l'information (aides optiques, systèmes
braille, magnétophones, interfaces informatiques...).
Pour la plupart de ces dispositifs, les modalités de réponses permettent de faire la distinction
entre les usages déclarés (la personne déclare utiliser l'aide technique) et les besoins
déclarés (la personne déclare ne pas posséder ni utiliser l'aide technique, mais en avoir
besoin). La proportion de besoins satisfaits est le rapport entre les usages déclarés et la
somme des usages et besoins déclarés (encadré 7).
Les aides visuelles sont peu utilisées et les besoins sont mal satisfaits
15 % des déficients visuels (264 000 personnes environ) déclarent utiliser une aide visuelle
pour les déplacements ou la communication.
Les aides visuelles pour les déplacements sont très rarement utilisées, même par les
aveugles et malvoyants profonds.
Dans l'ensemble, les déficients visuels ont peu recours aux cannes blanches. Toutes
déficiences confondues, seuls 2 % des déficients visuels environ (32 000 personnes) déclarent
utiliser ce type d'aide.
Ce sont les plus sévèrement déficients qui recourent à ce type d'aide. Les usages sont
proportionnellement plus fréquemment exprimés par les aveugles (26 %) que par les
malvoyants profonds (6 %). Les malvoyants moyens sont proportionnellement moins nombreux
à utiliser ces aides (moins de 1 %). En France, le port de la canne blanche n'est toutefois
autorisé que si l'acuité visuelle est au plus égale à 1/10.
Les usages sont exprimés plus fréquemment par les adultes âgés de 20 à 74 ans que par les
enfants et les personnes très âgées.
Toutes déficiences visuelles confondues, la proportion de besoins satisfaits est plus élevée que
pour les autres aides visuelles : 75 % environ des usages et besoins déclarés sont satisfaits.
Mais il est probable que les besoins réels soient plus importants que les besoins
déclarés, parce l'intérêt de ces aides est méconnu par les déficients visuels et que leur
l'utilisation implique une difficile acceptation du « statut d'aveugle » et un long apprentissage.
Les chiens-guides sont encore moins utilisés que les cannes blanches. Un déficient visuel
sur mille (1 700 personnes environ) possède un chien-guide. La faiblesse des effectifs enquêtés
concernés ne permet pas de préciser cette utilisation selon l'âge ou le degré de sévérité de la
déficience visuelle.
Les aides visuelles à la communication : une utilisation peu fréquente et des besoins
largement insatisfaits
Les aides optiques ou optoélectroniques sont de loin les plus utilisées parmi les aides à la
communication. Globalement, 13% des déficients visuels (230 000 personnes environ) utilisent
un système optique ou un téléagrandisseur.
Les aides optiques (loupes, systèmes microscopiques ou télescopiques) ou optoélectroniques
(téléagrandisseurs) sont utilisées principalement par les malvoyants profonds et moyens. Tous
âges confondus, 27 % des malvoyants profonds (40 000 personnes) et 20 % des malvoyants
moyens (190 000 personnes) y ont recours.
La très grande majorité des utilisateurs sont des personnes âgées de 60 ans ou plus (87 % des
usages). Le taux d'usage reste relativement élevé parmi les malvoyants profonds et moyens
âgés de 75 ans ou plus (25 % et 28 % respectivement). Parmi les malvoyants moyens, les plus
âgés sont proportionnellement les plus nombreux à utiliser des aides optiques ou
optoélectroniques.
L'ensemble des besoins pour ce type d'aide visuelle sont cependant nettement plus importants
que les usages. 400 000 personnes n'utilisent pas d'aides optiques ou optoélectroniques mais
en auraient besoin. Toutes déficiences visuelles confondues, 58 % seulement des besoins
déclarés sont satisfaits.
Moins de 1 % des déficients visuels (8 000 personnes environ) se servent d'interfaces
d'ordinateurs (reconnaissance vocale, écran tactile, synthèse vocale).
Ces systèmes sont majoritairement utilisés par les malvoyants profonds mais leur usage est
peu répandu. Tous âges confondus, 3 % environ des malvoyants profonds (5 000 personnes)
utilisent des interfaces d'ordinateur. Les malvoyants moyens sont proportionnellement moins
nombreux (0,2 %, soit 2 000 personnes). Alors que les technologies informatiques sont
particulièrement intéressantes en cas de déficience visuelle majeure (possibilité de synthèse
vocale, de fort agrandissement, de transcripteur braille), elles sont très peu utilisées par les
personnes aveugles. Moins de 2 % de ces personnes déclarent y avoir accès (moins de 1 000
personnes).
Plus de la moitié des utilisateurs d'interfaces informatiques (57 %) sont des personnes âgées
de moins de 60 ans. Ces systèmes ne sont pratiquement pas utilisés par les déficients visuels
très âgés (75 ans et plus), mais cette situation évoluera probablement dans les années à venir,
parallèlement au développement de la micro-informatique.
Si le recours à ce type d'aide est peu fréquent, le besoin réel semble beaucoup plus important :
24 000 déficients visuels n'utilisent pas d'interfaces d'ordinateur mais déclarent en avoir besoin.
Toutes déficiences visuelles confondues, un quart seulement des besoins exprimés sont
satisfaits. La proportion de besoins satisfaits varie selon le degré de déficience visuelle. Elle est
très faible chez les aveugles (10 % environ) et meilleure chez les malvoyants profonds (50 %).
Moins de 1 % des déficients visuels (5 000 personnes environ) utilisent des machines à
écrire et traitements de texte en braille.
Les personnes aveugles déclarent un peu plus fréquemment utiliser ce type d'outil que les
interfaces informatiques : 4 % environ des aveugles ont recours aux machines à écrire et
traitement de texte braille. Le recours est très rare chez les malvoyants profonds et chez les
malvoyants moyens (moins de 1 %).
Comme pour les aides informatiques, le besoin réel est plus important que l'usage déclaré.
23 000 déficients visuels auraient besoin d'une machine à écrire mais n'en disposent pas et
18 % seulement des besoins sont satisfaits.
Moins de 1 % des déficients visuels (8 500 personnes environ) se servent d'un
magnétophone pour leur correspondance. Les magnétophones sont autant utilisés que les
interfaces informatiques.
Les aveugles sont proportionnellement les plus nombreux à en déclarer l'usage : 7 % y ont
recours. Les magnétophones sont moins souvent utilisés par les malvoyants profonds (environ
1 %) et les malvoyants moyens (moins de 1 %).
Comme pour les interfaces informatiques, les utilisateurs de ces systèmes sont plus jeunes que
les utilisateurs d'aides optiques et de vidéoloupes : 59 % sont âgés de moins de 60 ans.
Comme pour les autres aides visuelles, les besoins déclarés sont nettement plus importants
que les besoins satisfaits. 17 000 déficients visuels environ auraient besoin d'un magnétophone
mais n'y ont pas accès et seulement un tiers des besoins déclarés sont satisfaits.
1 % environ des déficients visuels (22 000 personnes) ont appris le braille, dont moins de
la moitié (9 000 personnes) le pratiquent pour la lecture et moins de la moitié également
(9 000 personnes) pour l'écriture.
Tous les déficients visuels ne peuvent cependant pas apprendre le braille. Son apprentissage
nécessite en effet, à la fois des compétences intellectuelles et une absence d'altération du
sens du toucher incompatibles avec certaines déficiences associées.
L'apprentissage du braille ainsi que sa pratique sont naturellement plus fréquents chez les
aveugles : 15 % environ l'ont appris, 10 % l'utilisent pour la lecture et 10 % pour l'écriture
également. L'apprentissage du braille est plus rare chez les malvoyants profonds (3 % environ)
et les malvoyants moyens (1 % environ).
Le recours au braille est plus fréquent chez l'adulte jeune. Parmi les déficients visuels aveugles
âgés de 20 à 59 ans, 40 % ont appris le braille, 34 % l'utilisent pour la lecture et 35 % pour
l'écriture. L'usage du braille pour la lecture ou l'écriture est moins fréquent chez les aveugles
enfants ou adolescents et encore moins chez ceux âgés de 60 ans ou plus.
Toutes aides visuelles à la communication confondues, le recours à une aide visuelle au
moins n'est pas beaucoup plus fréquent chez les aveugles et malvoyants profonds (24 %) que
chez les malvoyants moyens (21 %).
La situation diffère toutefois selon l'âge. Les aveugles et malvoyants profonds âgés de 75 ans
et plus recourent moins fréquemment aux aides visuelles que les plus jeunes. C'est l'inverse
pour les malvoyants moyens.
Les usages des aides visuelles ne sont pas plus importants en institution
Dans l'ensemble, les aides visuelles ne sont pas plus utilisées par les déficients visuels résidant
en institution que par ceux vivant en domicile ordinaire et les besoins ne sont pas mieux
satisfaits dans les institutions.
Les usages sont aussi fréquents en institution qu'en domicile ordinaire pour les aides qui sont
proportionnellement plus utilisées par les déficients visuels jeunes (interfaces d'ordinateur,
traitement de textes braille).
Les usages sont en revanche moins fréquents en institution pour les aides optiques ou
optoélectroniques, proportionnellement plus utilisées par les déficients visuels âgés de 60 ans
ou plus. Les besoins concernant ce type d'aide sont également moins bien satisfaits en
institution qu'en domicile ordinaire (42 % vs 59 %).
Les déficiences associées sont plus fréquentes en institution qu'en domicile ordinaire et surtout
l'association de multiples déficiences y est plus fréquente. Il est possible qu'un effet de
potentialisation des déficiences constitue un frein à l'utilisation des aides visuelles en institution,
plus particulièrement chez les personnes âgées. A cela s'ajoute le fait que, à l'exception des
rééducateurs spécialisés, les personnels intervenant dans les institutions ne sont probablement
pas assez formés ni sensibilisés à l'utilisation des aides visuelles.
Les freins à l'utilisation des aides visuelles
L'adaptation des aides visuelles constitue une étape importante dans la prise en charge
réadaptative des déficients visuels, et leur intérêt est depuis longtemps reconnu. Pourtant, les
déficients visuels ont peu recours à ces aides, et les besoins sont globalement mal satisfaits.
Le taux de satisfaction des besoins varie considérablement selon la nature de l'aide. Il est
globalement plus élevé pour les aides au déplacement (75 %) et les aides optiques et
électroniques (58 %) que pour les aides visuelles faisant intervenir une technologie plus
complexe. Il est probable que les besoins réels soient plus importants que l'ensemble des
besoins déclarés dans l'enquête HID parce que les déficients visuels n'ont pas toujours
connaissance de l'existence des aides visuelles.
Les freins potentiels à l'utilisation des aides visuelles sont nombreux.
Le premier est probablement le coût élevé à la charge de l'acquéreur. Le prix des aides
visuelles est d'autant plus élevé qu'elles utilisent une technologie électronique ou informatique
permettant un agrandissement visuel important, d'autant plus que le marché potentiel est
relativement restreint (quelques dizaines d'euros pour les loupes à 2 000 euros et plus pour un
téléagrandisseur à plateau permettant l'écriture). En outre, un déficient visuel peut avoir besoin
de plusieurs systèmes en fonction de ses activités. L'exemple du Québec, où existe, depuis
1977, un programme d'aides visuelles pour malvoyants avec prêt de matériel38, montre bien
que la gratuité des aides visuelles favorise considérablement leur diffusion.
En France, la part prise en charge par l'assurance maladie au titre des prestations légales
(LPP) pour les aides optiques (loupes et téléagrandisseurs) représentait en 2001, selon le
rapport sur les aides techniques de Lecomte39, 3 millions d'euros pour un chiffre d'affaires
estimé à 20 millions d'euros, soit en moyenne 15 %. Les matériels informatiques pour déficients
visuels ne sont pas pris en charge dans le cadre des prestations légales. Des financements
complémentaires peuvent être obtenus auprès de divers organismes (prestations extra-légales
de l'assurance maladie, AGEFIPH, conseils généraux, assurances et mutuelles, plan
Handiscol), mais la multiplicité de ces modes de financement et la diversité des conditions
requises pour en bénéficier en limitent l'usage. La mise en oeuvre de l'enquête HID est
cependant antérieure à la généralisation progressive, depuis 2000, du dispositif pour la vie
autonome à l'ensemble des départements français, et il est possible que la situation ait
récemment évolué.
La méconnaissance des aides visuelles à la fois par les utilisateurs potentiels et par les
professionnels de santé amenés à intervenir dans le champ du handicap visuel constitue un
second obstacle. Cette méconnaissance concerne autant l'évaluation des besoins des
déficients visuels que le bénéfice potentiel de ces aides. Les plus faciles à prescrire, et
notamment celles utilisées pour la vision de près (loupes, vidéoloupes), sont donc les plus
souvent proposées. De plus, les structures permettant une évaluation personnalisée des
besoins des déficients visuels, dans une approche pluridisciplinaire, sont insuffisamment
nombreuses. Dans les institutions, le manque de formation des professionnels intervenant
auprès des personnes constitue un facteur supplémentaire de non-utilisation.
Par ailleurs, la plupart des aides visuelles ne sont pas efficaces d'emblée. Leur usage entraîne
des inconvénients variables selon le procédé d'agrandissement utilisé (lecture à distance très
rapprochée, champ de vision réduit, perte de luminosité, déformation des images), rendant
nécessaire un apprentissage plus ou moins long, idéalement accompagné d'une prise en
charge réadaptative. L'absence d'accompagnement lors de cette phase d'apprentissage est
facteur important d'échec et d'abandon.
La multiplicité des circuits de distribution de ces aides peut également contribuer à en limiter
l'usage. Ces circuits diffèrent en effet selon la nature de l'aide visuelle. Le marché des
opticiens, bien répartis sur l'ensemble du territoire national (8 000 points de ventes), est
essentiellement celui des aides optiques et des téléagrandisseurs. Mais tous les opticiens ne
sont pas également intéressés par la basse vision qui demande un investissement personnel
important. Les aides aux déplacements ainsi que les autres aides à la communication
(systèmes informatiques, terminaux braille...) sont distribués par d'autres acteurs (sociétés
spécialisées, associations) et leur diffusion est plus limitée.
Enfin, la fréquence élevée des déficiences associées, dont les effets se potentialisent, constitue
certainement un autre frein à l'utilisation des aides visuelles.
V-2 Les aides techniques non visuelles
Quatre déficients visuels sur cinq présentent au moins une déficience associée. Il est donc
intéressant d'étudier non seulement les aides visuelles dont ils ont besoin, mais également
l'ensemble des aides qu'ils peuvent être amenés à utiliser pour la compensation de leurs
incapacités.
Les déficients visuels recourent beaucoup aux aides techniques non
visuelles
41 % des déficients visuels (700 000 personnes environ) utilisent au moins une aide technique
non visuelle. Ces aides sont donc nettement plus utilisées que les aides visuelles.
Les usages les plus fréquemment exprimés concernent les aides à la mobilité.
27 % des déficients visuels (457 000 personnes) déclarent utiliser une aide technique pour
marcher ou se déplacer. Les équipements les plus utilisés sont les cannes et béquilles, les
fauteuils roulants ainsi que les déambulateurs. La proportion de besoins satisfaits pour ce type
d'aide est élevée (93 %).
15 % des déficients visuels (256 000 personnes) disposent d'un aménagement spécifique
de leur logement. Les dispositifs les plus répandus concernent l'aménagement des toilettes,
les dispositifs de soutien (barres d'appui, mains courantes...) ainsi que l'aménagement de la
salle de bains. La proportion de besoins satisfaits (77 %) est moins bonne que pour les aides à
la mobilité.
14 % déficients visuels (244 000 personnes) utilisent une aide à l'incontinence. Comme
pour les aides à la mobilité, la proportion de besoins satisfaits est élevée (93 %).
6 % des déficients visuels (94 000 personnes) utilisent une aide auditive. Mais les besoins
réels sont beaucoup pus importants : 129 000 déficients auraient besoin d'une aide auditive
mais n'en ont pas à leur disposition. Moins de la moitié des besoins (42 %) sont satisfaits.
9 % des déficients visuels (154 000 personnes) ont une prothèse ou un appareillage de
soutien. Comme pour les aides à la mobilité et à l'élimination, la proportion de besoins
satisfaits est élevée (93 %).
Les autres aides techniques (aides pour les transferts, les médicaments, la manipulation, la
parole) sont plus rarement utilisées par les déficients visuels.
Le recours aux aides techniques non visuelles est plus important chez les
déficients visuels âgés
Les aides techniques non visuelles sont plus fréquemment utilisées par les déficients visuels
âgés que par les plus jeunes. Les enfants et adolescents ainsi que les adultes âgés de 20 à 59
ans sont environ 11 % à déclarer utiliser au moins une aide technique. Ils sont 73 % à partir de
l'âge de 75 ans. Cette augmentation du recours avec l'âge peut s'expliquer par celle de la
fréquence des déficiences associées.
Les femmes jeunes ont plus souvent recours aux aides techniques non visuelles que les
hommes (16 % vs 8 % chez les déficients visuels âgés de 20 à 59 ans). Ces différences sont
moins marquées chez les déficients visuels plus âgés.
Le recours aux aides techniques non visuelles augmente avec le degré de
sévérité de la déficience visuelle
Les aveugles et malvoyants profonds sont proportionnellement plus nombreux à utiliser
au moins une aide technique non visuelle que les malvoyants moyens et les malvoyants
légers (51 % vs 34 % et 16 % respectivement, à structure par âge et sexe identique).
Quel que soit le degré de sévérité de la déficience visuelle, le recours aux aides techniques non
visuelles, tous types confondus, est plus important que dans l'ensemble de la population.
La situation diffère selon le type d'aide technique. L'usage des aides à la mobilité est le plus
fortement lié au degré de sévérité de la déficience visuelle. Ces aides sont, en effet, beaucoup
plus fréquemment utilisées par les aveugles et malvoyants profonds que par les malvoyants
moyens et les malvoyants légers (38 vs 19 % et 6 %, à structure par âge et sexe identique).
L'augmentation du recours avec la sévérité de la déficience visuelle concerne également
l'adaptation et l'aménagement du logement ainsi que les aides pour les soins personnels et la
protection. Ces résultats peuvent être expliqués à la fois par le fait que la fréquence des
déficiences associées augmente avec le degré de sévérité de la déficience visuelle et par des
effets de potentialisation des pluridéficiences : dans les situations de polyhandicap, la
déficience visuelle sévère réduit les possibilités de compensation des autres déficiences.
Les autres aides sont dans l'ensemble moins utilisées et cet usage paraît moins lié à la sévérité
de la déficience visuelle.
Plus la déficience est sévère, plus le recours aux aides techniques non visuelles est
précoce.
Les aveugles et malvoyants profonds âgés de moins de 60 ans sont proportionnellement plus
nombreux (43 %) à utiliser au moins une aide technique non visuelle que les malvoyants
moyens (17 %) et les malvoyants légers (0,2 %). Ces différences s'atténuent fortement avec
l'âge à partir de la soixantaine. Parmi les déficients visuels âgés de 80 ans ou plus, le recours à
une aide technique non visuelle au moins devient très fréquent quel que soit le degré de
sévérité de la déficience visuelle : 86 % des aveugles et malvoyants profonds, 79 % des
malvoyants moyens et 71 % des malvoyants légers en déclarent l'usage.
Les usages en fonction de l'âge varient également selon la nature de l'aide technique. Cette
situation peut expliquer la variabilité des différences observées entre les différents taux bruts et
standardisé.
Le recours aux aides techniques non visuelles est plus fréquent en
institution
Contrairement aux aides visuelles, le recours aux aides techniques non visuelles est beaucoup
plus fréquent parmi les déficients visuels résidant en institution (86 %) que parmi ceux vivant en
domicile ordinaire (36 %). Ces différences concernent les aides pour marcher (59 % vs 23 %),
les aménagements du logement (60 % vs 10 %), ainsi que les aides pour l'évacuation (60 % vs
10 %). Pour ces dispositifs, la proportion de besoins satisfaits est également plus élevée en
institution qu'en domicile ordinaire, notamment pour les aménagements du logement (97 % vs
69 %).
Les prothèses sont en revanche utilisées aussi souvent en domicile ordinaire qu'en institution et
les besoins sont satisfaits de façon équivalente, mais la prescription de ce type d'aide est
certainement moins dépendante de facteurs environnementaux.
Les besoins en matière d'aides auditives sont nettement moins bien satisfaits en institution
(28 %) qu'en domicile ordinaire (44 %). Cette situation est commune aux autres aides
sensorielles (aides optiques ou optoélectroniques).
V-3 Les aides humaines reçues par les personnes déficientes visuelles
vivant à domicile
Pour les déficients visuels vivant en domicile ordinaire, le recours aux aides humaines est
aussi fréquent que le recours aux aides techniques. 48 % des déficients visuels (700 000
personnes environ) déclarent, en effet, être régulièrement aidés à accomplir certaines tâches
de la vie quotidienne en raison d'un handicap ou d'un problème de santé.
Le recours aux aides humaines varie selon les activités
L'aide apportée concerne principalement les activités pour lesquelles les incapacités sont
fréquentes : tâches ménagères (41 % des déficients visuels), courses (40 %), gestion du
budget et démarches administratives (33 %).
Plus d'un déficient visuel sur cinq est aidé pour d'autres aspects de la vie quotidienne. 26 % des
déficients visuels reçoivent une aide pour aller chez le médecin ou s'occuper de leurs
problèmes de santé, 25 % ont recours à une aide extérieure pour la défense de leurs droits et
de leurs intérêts et 23 % sont aidés pour les sorties à l'extérieur.
23 % des déficients visuels reçoivent également de l'aide pour les soins personnels (toilette,
habillage, repas). L'aide apportée est aussi d'ordre affectif : pour 22 % des déficients visuels, il
s'agit d'assurer une présence, une compagnie.
Les déficients visuels sont plus autonomes pour les déplacements à l'intérieur du domicile (6 %
seulement ont recours à une aide).
Les déficients visuels âgés et les femmes sont plus aidés
Tous déficients visuels confondus, le recours aux aides humaines augmente fortement
avec l'âge. Les déficients visuels adultes âgés de 75 ans et plus sont proportionnellement
quatre fois plus nombreux à utiliser au moins une aide humaine que ceux âgés de moins de 60
ans. Environ 590 000 déficients visuels âgés de 60 ans ou plus et vivant en domicile ordinaire
reçoivent une aide pour accomplir certaines tâches de la vie quotidienne, parmi lesquels
430 000 sont âgés de 75 ans ou plus.
Cet accroissement du besoin d'aide avec l'âge concerne aussi bien les hommes que les
femmes.
Dans toutes les tranches d'âge, les femmes sont proportionnellement plus nombreuses
que les hommes à recevoir une aide humaine. Elles sont également plus nombreuses en
effectifs. Parmi les 706 000 déficients visuels ayant recours à une aide humaine, 508 000 sont
des femmes.
Le recours à l'aide augmente avec le degré de sévérité de la déficience
visuelle
Tous degrés de sévérité confondus, les déficients visuels âgés de plus de 20 ans et vivant en
domicile ordinaire ont plus souvent recours à une aide humaine que l'ensemble de la population
(38 % vs 11 %, à structure par âge et sexe identique).
Ce recours augmente avec le degré de sévérité de la déficience visuelle. Les aveugles et
malvoyants profonds sont, en effet, proportionnellement plus nombreux à déclarer recevoir une
aide humaine (65 %) que les malvoyants moyens (48 %) et les malvoyants légers (19 %).
Le recours aux aides extérieures augmente avec le degré de la déficience pour toutes les
activités de la vie quotidienne.
Les aveugles et malvoyants profonds sont les plus aidés pour toutes les activités de la vie
quotidienne. 60 % environ ont besoin d'aide pour réaliser les tâches ménagères, faire les
courses ou gérer leur budget, tandis que 45 % environ reçoivent de l'aide pour aller voir le
médecin, sortir ou défendre leurs intérêts, et un peu moins de 40 % pour effectuer leurs soins
personnels (à structure par âge et sexe identique à l'ensemble de la population).
Les malvoyants moyens reçoivent moins d'aide que les aveugles et malvoyants profonds pour
tous les domaines. 35 % environ reçoivent de l'aide pour faire les courses, effectuer les tâches
ménagères ou gérer leur budget et 30 % sont aidés pour aller chez le médecin. Ils sont moins
fréquemment aidés pour les autres activités.
Les malvoyants légers sont plus rarement aidés pour l'ensemble de ces activités.
Le recours aux aides humaines est plus important chez les femmes pour les déficiences
visuelles les moins sévères
Parmi les déficients visuels vivant en domicile ordinaire, les femmes reçoivent plus d'aide que
les hommes (45 % vs 32 %, à structure par âge identique) mais ces disparités de genre varient
selon le degré de sévérité de la déficience. Les hommes aveugles et malvoyants profonds sont
autant aidés que les femmes (66 % vs 65 %). Les femmes sont, en revanche, plus aidées que
les hommes chez les malvoyants moyens (53 % vs 44 %) et les malvoyants légers (26 % vs
11 %). Ces différences entre hommes et femmes, qui existent dans l'ensemble de la population,
semblent donc majorées par les déficiences visuelles modérées mais ne persistent pas en
présence de problèmes plus sévères.
Le recours aux aides humaines varie différemment avec l'âge selon le degré de sévérité
de la déficience visuelle.
Dans la population des malvoyants légers comme l'ensemble de la population, l'aide humaine
est très fortement associée au vieillissement et reste relativement rare avant l'âge de 60 ans.
Les autres déficients visuels sont, en revanche, aidés plus précocement. Ainsi, 60 % des
aveugles et malvoyants profonds et 40 % environ des malvoyants moyens âgés de moins de 60
ans reçoivent une aide humaine. Les plus âgés sont encore plus aidés : 88 % des aveugles et
malvoyants profonds et 66 % des malvoyants moyens âgés de 60 ans ou plus reçoivent de
l'aide.
Le cumul des déficiences accroît le recours à l'aide humaine
Le cumul des déficiences augmente le recours aux aides humaines, chez les déficients
visuels comme dans l'ensemble de la population. Les déficients visuels avec déficience
intellectuelle ou motrice associée ont dans l'ensemble deux fois plus fréquemment recours à
une aide humaine que les déficients visuels sans déficience associée (41 % vs 20 %, à
structure par âge et sexe identique).
En domicile ordinaire, le degré de sévérité de la déficience visuelle reste un facteur
essentiel du recours à l'aide humaine...
A structure par âge et par sexe identique, et à handicap associé équivalent (déficience
intellectuelle ou motrice), les aveugles et malvoyants profonds ainsi que les malvoyants moyens
ont plus fréquemment recours à une aide humaine que l'ensemble de la population. Le recours
des malvoyants légers, en revanche, ne diffère pas de l'ensemble de la population.
Pour les aveugles et malvoyants, la présence d'un handicap associé majore un recours déjà
fréquent en l'absence de déficience associée (72 % vs 58 %, à structure par âge et sexe
identique). Les malvoyants moyens présentant un handicap associé sont également beaucoup
plus souvent aidés que ceux qui n'en ont pas (63 % vs 27 %).
... même après prise en compte de l'influence de la catégorie socioprofessionnelle et des
déficiences associées
Après ajustement sur l'âge, le sexe, la catégorie socioprofessionnelle (PCS) et le handicap
associé (déficience intellectuelle ou motrice), le recours à l'aide humaine reste très lié à la
sévérité de la déficience visuelle pour les hommes et les femmes.
Cet effet propre de la sévérité de la déficience visuelle s'observe pour les aveugles et
malvoyants profonds ainsi que pour les malvoyants moyens. Pour les malvoyants légers en
revanche, recourir à une aide humaine n'est pas plus fréquent que dans la population des nondéficients visuels
Aide professionnelle et non professionnelle : des apports différents
L'aide humaine peut être apportée par des aidants professionnels uniquement, des aidants non
professionnels, ou de façon mixte à la fois par des professionnels et des membres de
l'entourage.
Environ 41 % des déficients visuels âgés de 20 ans et plus et vivant en domicile ordinaire
(612 000 personnes) sont aidés par un ou plusieurs aidants non professionnels. Parmi ces
personnes, 261 000 sont aidées de façon mixte (professionnelle et non professionnelle) et
350 000 sont aidées uniquement par un ou plusieurs aidants non professionnels.
Par ailleurs, 6 % des déficients visuels (95 000 personnes) reçoivent de l'aide aide d'un ou
plusieurs professionnels exclusivement.
Les aidants professionnels et non professionnels n'apportent pas le même type d'aide.
Les aides professionnelles sont plus utilisées pour réaliser les tâches ménagères : 90 % des
déficients visuels aidés exclusivement par une aide formelle sont aidés pour cette activité.
Les aides non professionnelles exclusives interviennent dans des domaines beaucoup plus
variés de la vie quotidienne. En plus de la réalisation des tâches ménagères et des courses, les
intervenants non professionnels apportent une assistance pour la gestion du budget et les
démarches administratives (75 % des déficients visuels aidés par une aide informelle exclusive,
vs 31 % de ceux aidés par une aide professionnelle exclusive), les sorties à l'extérieur, la
défense des intérêts, les soins personnels, les problèmes de santé. Les déficients visuels
bénéficiant d'une aide exclusivement non professionnelle reçoivent également plus d'aide
affective (présence, compagnie).

