Vivien ou l'Obsession ; Chroniques de la mort d'Anna Holden
Voilà. Maintenant, il est mort. Il a fini par la rejoindre, ne faire plus qu'une avec elle. Sa fille. Sa Vivien. Une fois de plus, je me retrouve seule, sur le carreau. Orpheline, sauvage. Malade et à la rue. Quelle ironie. La fin et le début se confondent, comme dans un rêve.
Mais cela, on l'appelle un cauchemar.
Comme il y a 7 ans, je tourne en rond, dans les rues de Los Angeles. Une fois de plus, on ne voit pas, on ne remarque rien.
Qui ferait attention au vison taché de sang, aux pieds nus meurtris et sale d'une jeune femme perdue ? Je suis redevenue Anna la fugueuse, qui s'était échappé de l'orphelinat. Je passe devant le cabaret, mon paradis antérieur. Aujourd'hui, il est à vendre, mais personne n'en voudra. Trop de choses s'y sont passées, trop d'âmes s'y sont perdues, tout comme la mienne, 7 ans auparavant.
Je pense soudain à Stasia, cette danseuse, ma mère de substitution. Je me souviens de ses larmes, quand le vieux m'avait prise. Mais bon, pour l'argent qu'on donnait pour moi, Barry McRory, le boss, il avait pas pu résister. Le porc.
Il avait commencé en douceur, m'avait dit à quel point je lui ressemblais, à sa fille, morte il y a 3 mois. Vivien Westlake, c'était son nom. Pauvre petite. Méningite fulgurante. En 1 semaine, c'était fait, les anges l'avaient reprise, comme il disait.
David Westlake, le père, devait avoir la cinquantaine bien sonnée. Je me disais que de toute façon, il ne me ferait jamais de mal. Une fois de plus, Anna Holden, tu te trompais. Parce que le mal n'est pas seulement physique. Parce que le mal prend toutes les formes.
Adieu mes longs cheveux blonds. Vivien, elle, les avait noirs, coupés court au carré, à la Louise Brooks qu'elle admirait tant. Ainsi il a commencé par mon corps, avant d'attaquer l'esprit. J'ai porté un corset, pour me redresser, et il m'a mise au régime. Minuscule détail, mais grands changements. Il s'agitait, autour de moi, me répétait sans cesse comment je devais me tenir, pour lui ressembler au maximum.
Ensuite, il m'apprit à parler comme elle, avec un léger accent anglais, en roulant parfois un peu les r. Je n'y arrivais pas.
Il me priva de souper 3 mois durant, parce que je ne faisais pas de progrès.
Je suis morte. Mon agonie a duré 5 ans. Cinq longues années durant lesquels le fantôme d'une fille, que je ne connaissais qu'à travers les miroirs qui ont fini par me hanter, a pris possession de mon corps et de mon âme, pour prendre ma place toute entière. Anna Holden, la pauvre orpheline à la mère assassin et au père assassiné, a disparu au profit de la résurrection de Vivien Westlake. Au final, je suis morte comme elle, à l'instant où j'ai renoncé à me battre contre son spectre.
Il a bien fallu que je me réanime toute seule.
Trois coups, dont 2 dans le ventre et un dans la tête. A l'autopsie, le médecin légiste apprendrait aux flics qui l'avaient trouvé que ça avait été sa blessure à l'abdomen qui avait été fatale. La balle avait traversé la chair et s'était fichée dans les muscles, dans les organes, provoquant l'hémorragie interne. On n'en ressortait pas.
Curieuse coïncidence. Mon père d'adoption mourrait comme mon père biologique.
Retour à la case départ. Vagabonde, je repense à tout. Il est doux de pleurer, il est doux de sourire au souvenir des maux qu'on pourrait oublier.
Je me souviens de tout. Mais je n'oublie rien.
Voilà un bref résumé de mon roman. Un avis ? :)









Mlle-Ecriture (Responsable) , mardi 08 décembre 2009 12:59
J'aime aussi beaucoup ce texte =).