Bonjour tout le monde, voilà un - petit - texte que j'ai écris et qui paraîtra surement sur Tourbillon-Symphonique. Merci de me donner votre avis :)
C'est incroyable comme la vie nous réserve parfois de drôles de surprises! L'amour en est sans aucun doute la plus belle. - Nadine Bismuth
Perdue et indécise, j'avance dans la vie. Aujourd'hui est un nouveau jour, un pas de plus dans l'avenir. Hier est passé mais demain n'est pas encore arrivé. Il me tarde de grandir, de goûter à la liberté et aux plaisirs de la vie. Mais je me rends compte qu'il n'y a aucunes libertés, seule la délivrance est reine, faut-il encore être patiente. L'humanité est en crise; elle souffre et moi, je souffre avec elle. Ne trouvant aucun but précis, errant dans la vie, noyant ma souffrance dans le vice, ne m'attachant à aucunes personnes puisque tout attachement est une incitation à la douleur, je traîne. Mon corps ne répond plus à mes gestes, je divague, je me perds dans ce flux de personnes, toutes plus malsaines les unes que les autres. Trouverai-je un jour, ne serait-ce qu'une infime partie de joie, dans ce monde? J'en doute de plus en plus. Je suis en mal de vivre, mal dans ma peau, je ne sais que faire. Je demeure décalée, dans un autre monde, somnolant tout au long de la journée, indolore face à la moindre douleur ; rien ne m'atteint. J'ai appris à vivre sans les choses perdues. Tout n'est qu'éphémère, la vie l'est aussi. Nous traversons simplement ce monde, l'espace de quelques instants, perdu et indécis, n'ayant même pas le temps de se retourner que nous l'avons déjà quitté.
J'erre dans ces couloirs sombres, plus étourdie et maladroite que jamais; perdue dans mes pensées, comme à mon habitude. Je percute quelque chose, ou plutôt quelqu'un. Je m'effraie, m'immobilise tout en lâchant le contenu de mes mains et pousse un petit cri aigu. Je me suis cognée la tête dans je ne sais quoi et rougis sous l'effet de la honte et de ma maladresse. Un petit rire moqueur me sort de ma rêverie et je relève doucement la tête. Deux grands yeux verts me fixent, hilares. Une étincelle y pétille, un sourire narquois s'étend sur ce visage poupin rougis par l'excitation. Un sourire à vous couper le souffle, dévoilant une rangée de dents blanches et alignées. Ses pupilles dansent et s'illuminent, ses cheveux bruns et sa mèche tombant sur son ½il font ressortir ses joues légèrement colorées. Il me tend mes livres, toujours amusé par la situation; je ne réagis pas et continue de le fixer. Son visage me fascine, ses iris me donnent envie de m'y perdre; j'aurais pu rester ainsi durant des heures s'il ne s'était pas raclé la gorge afin de me faire revenir sur Terre. Tout à coup, une certaine gène fait surface. Je prends donc mes affaires et file sans demander mon reste, beaucoup trop honteuse pour dire quoi que ce soit. Mais à peine ai-je fait demi-tour qu'une main accroche avidement à mon poignet.
<< Jules >> me dit-il en souriant. Je ne trouve plus mes mots, persuadée qu'ils se sont envolés en même temps que ma raison. Puis il se retourne et s'en va, tranquillement, un grand sourire aux lèvres. Son mètre quatre-vingt-cinq me fascine. Ses bras musclés me donnent envie de m'y réfugier. C'est comme si mon corps reprenait vie, comme s'il m'avait sorti de ma transe habituelle, de ma bulle. << Jules >>. Un prénom, deux syllabes et six lettres qu'il avait prononcé d'une voix douce mais dure à la fois, son ténor résonnant encore à mes oreilles. Et son sourire, ce sourire! que Dieu me damne si je ne le revois plus. Ses lèvres s'étaient étirées en un rictus parfait, creusant de légères fossettes sur ses joues roses, s'étirant jusqu'aux << oreilles >>, reflétant l'excitation et la bonne humeur dans son regard.
Je me retrouve au milieu du couloir, la cloche a sonné mais je ne l'ai pas entendu, trop perdue dans ma contemplation et mes réflexions pour y songer. Les élèves sortent des salles, se bousculent, se crient dessus, rient, râlent et que sais-je. Je reste plantée au milieu de cet étroit et sombre couloir, comme si le fait de bouger aller me sortir de cette rêverie. Du haut de mon mètre cinquante-cinq, les gens me poussent; mais je ne réagis pas. Mes muscles sont engourdis sous l'effet de l'adrénaline qu'il m'a procuré. Je prends une grande bouffée d'air qui me brûle les poumons; j'avais cessé de respirer. Mais pourquoi cette réaction? Pourquoi lui? Pourquoi maintenant? Je ne bouge toujours pas, fixant l'endroit où il était il y a à peine quelques minutes de cela. Pour ma part, vous courrez tous après le temps, moi non. Je vois qu'il vous glisse entre les doigts à chaque fois, sans que vous ne vous en rendiez compte. Mais maintenant, j'avais aussi envie de courir après, juste pour le revoir, pour ré-entendre sa voix, juste une fois. Sachez que les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais.
Après mûres réflexions, je me décide à retourner en cours, toujours en état de choc, si je puis qualifier ceci de cette façon. Je m'assois au milieu de la classe mais je ne suis présente que physiquement; mon esprit vagabonde à des milliers de kilomètres d'ici. Mon professeur m'interpèlle, et alors? Je n'entends même pas ce qu'il me dit; à présent, je suis dans une sorte de transe, dans mon monde, ma bulle, mon espace; comme toujours d'ailleurs. Plus personne ne peut m'atteindre; je me sens transportée. Je pense, je divague. Jules, pourquoi? Est-ce qu'un c½ur brisé depuis longtemps pouvait-il à nouveau battre? Le mien en semble capable. Et la cloche sonne encore et je rentre chez moi. Sur le chemin du retour, je jette un regard à ma tête dans le rétroviseur d'une vieille voiture, mais qu'est-ce que cette expression béate sur mon visage? Et cette étincelle qui danse dans mes yeux? Comme si mon âme vivait à nouveau, la flamme s'étant rallumée en moi. Cela fait des mois, peut-être même des années que la vie s'est échappée de mon corps, m'abandonnant, laissant la douleur me tuer de l'intérieur. On rencontre, on aime, on se plante et on se relève... Paraitrait-il que cela fait parti de la vie; pas de la mienne en tout cas. Cependant, ne prenons jamais les choses trop à c½ur, nous risquerions d'être bien trop déçu...
Et les jours s'enchainent, ainsi. Je ne revis plus Jules, mais à aucuns moments ni son nom, ni son visage ne s'échappent de ma tête. Les questions s'entrechoquent... Croire au coup de foudre, ou pas? Aimer, ou pas? Essayer d'aimer? Si oui, jusqu'à la déchirure? L'aimer, même trop, même mal? Mais, perdue dans mes songes, je me cogne encore dans quelque chose... Il faut croire que la vie n'est pas faite de hasard car en relevant la tête, je le vois qui me sourit, me lançant un clin d'½il. Son sourire est toujours là, aussi beau et étincelant que la première fois. Je m'approche lentement et indécise de lui, étant prête à m'enfuir à n'importe quel moment. J'avais peur, j'étais tétanisée par tout ce qu'il faisait naître en moi, par la façon dont ses yeux me fascinait, par la manière qu'il avait de secouer sa tête afin de remettre sa mèche en place, par l'intonation de sa voix... Et une fois à sa hauteur, il prit la parole. Un simple << Bonjour >> et voilà que je ne trouve à nouveau plus mes mots, comment peut-il faire ça? M'hypnotiser avec un simple regard, me couper le souffle avec de simples intonations. J'ouvre la bouche à plusieurs reprises, mais aucuns sons ne daignant en sortir, j'en ai le souffle coupé. N'ayant aucune réponse de ma part, il me fixe, baisse tristement les yeux et s'apprête à quitter les lieux lorsque les mots traversèrent tous seuls la barrière de mes lèvres... << Jules, Ton visage est un endroit qui a marqué ma vie. >> C'est une citation de Anna Gavalda et je lui avais dit, de manière assez théâtrale, certes, mais j'avais prononcé ces dix mots et son prénom. Parce que, vous savez, peu importe combien quelque chose nous blesse ou peut nous blesser, parfois l'abandonner ou y renoncer fait encore plus mal.
ninie-80 (Responsable) , lundi 07 décembre 2009 18:20
Cette douleur nous la connaissons tous et tu as réussi à la décrire parfaitement...alors que dire d' autre à part....bravo =)
Grey-Words , lundi 07 décembre 2009 19:12
Merci :")
C'est toujours agréable les compliments :)